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Restaient encore des problèmes de qualité. Dans son histoire officielle écrite par W. J. Reader, Metal Box admet que "l'enduit de cire utilisé à l'époque entamait le goût de la bière". Lorsque Robert Barlow avait promené ses visiteurs dans l'usine d'Acton, on leur avait offert une boîte de bière pâle qui, selon le magazine Brewing Trade Review, "n'était pas tout à fait claire". W. J. Reader conclue que: "en 1939, ces problèmes n'étaient toujours pas résolus alors que la guerre qui éclatait étouffait l'expérience dans son ensemble." Dans ses jeunes années , la bière en boîte en Grande-Bretagne marqua de bons points sur un seul front - l'export. Là, on envoyait la bière par bateau sur de longues distances, du coup on obtenait des gains considérables en poids, place et fret. Et nul besoin de se soucier du retour des bouteilles depuis Singapour.

Avec la guerre, la production de bière en boîte fut presque totalement détournée pour les forces armées d'outre-mer. Les américains camouflaient même leurs bières, en les peignant en vert olive ("olive drab") pour duper les tireurs isolés ennemis. Felinfoel, avec ses connections dans la ferblanterie, était la seule brasserie britannique autoriser à poursuivre la vente de boîtes sur le marché domestique. Mais la plupart des lots s'en allait vers des fronts lointains, embarqués par la NAAFI (coopérative militaire).

Un des seuls cargos qui a réussi à casser le siège allemand de Malte transportait des boîtes de Felinfoel pour les Troupes Territoriales de Llanelli, au gosier desséchée, servant les canons antiaériens en Méditerranée. Et les "rats du désert" d'Afrique du Nord, assoiffés, avaient de bonnes raisons de remercier la brasserie Felinfoel pour cet instant de bonheur en boîte. Des milliers de boîtes rejoignirent les troupes en Extrême-Orient.

Après la guerre, Felinfoel perdit ses contrats avec les services armées, mais les relations lointaines ne furent pas complètement oubliées. En 1976, trente ans plus tard, Terry Beynon, originaire de Port Talbot, se présenta à la brasserie pour commander de la bière - pour son "Peacock Bar" à Penang, en Malaisie. En janvier 1977, les premières boîtes de Double Dragon, 1 200 au total, lui étaient expédiées. Terry Beynon écrivit après le premier envoi: "Elle est très appréciée par les gens d'ici. Et nous sommes tombés à cours de votre bière avant que le deuxième chargement a quitté le Royaume Uni.".

Le succès ranima l'enthousiasme de la brasserie Felinfoel pour les marchés outre-mer, et elle devenait la seule brasserie du Pays de Galles Sud régulièrement intéressée dans les marchés extérieur de la Grande Bretagne. Plus tard, de nombreuses bières furent expressément brassées pour l'export, comme la St David's Porter, la Prince's Porter, la Cream Stout, l'Heritage Ale et l'Hercule Strong Ale; la Californie devenant dans les années 1980 un très gros marché, avec quelques 650 fûts par an.

Mais ces bières-là étaient livrées en bouteille. La mise en boîte ne s'avérait pas un bon filon pour la brasserie Felinfoel, puisque le marché avait été rapidement dominé par les gros brasseurs. En fait, dans les années d'Après-guerre, la brasserie dut se battre pour survivre.

Fred Cheesewright, chef brasseur de 1951 à 1982, affirma qu'à son arrivée la brasserie était au bord du gouffre. "Quand je suis arrivé, le nom de Felinfoel était difficile à porter. En une année, la brasserie avait perdu 30% de ses affaires. Quelques établissements ne vendaient pas plus d'un "kilderkin" (quelques 82 litres) par semaine. Nous étions au bord de la faillite". Cela prit du temps pour remette la brasserie sur les rails, d'autant que la fabrique et les 70 ou 80 pubs avaient été négligés pendant des années, la guerre privant la société de tout investissement.

Cette situation déplorable ne fut pas aidée par un profond désaccord entre les familles John et Lewis qui arriva au point critique lors l'offre d'achat de la brasserie par la plus grande brasserie voisine, Buckley's.

C'était la famille Lewis qui, pendant de nombreuses années, avait été responsable de la brasserie, plusieurs membres de la famille siégeant au bureau; mais il s'agissait d'un gestion plutôt lointaine. Après la Seconde Guerre Mondiale, on transféra le siège social de la brasserie à Knightsbridge, Londres, les Lewis y gérant d'autres affaires, dont une société d'automobile. La famille John décida alors de vendre.

La brasserie Buckley's avait approché en particulier des membres de la famille John avant de rendre son offre de 500 000 livres public. Ainsi, lorsque cette tentative de rachat fut publiée dans la presse en avril 1965, la brasserie Buckley's pouvait prétendre avoir reçu une acceptation de la part de 48,5% des actionnaires. En mai, cette chiffre passait à 49,5%. Buckley's était sur le pas de la porte. "Notre unique motivation est que nous sommes déterminés à ce que la gestion de l'industrie de la bière à Llanelli reste sous contrôle local", déclara Buckley's, en ajoutant: "Avec les intérêts que la brasserie Buckley's a maintenant, cet objectif devrait se réaliser".

Cyril Marks, responsable de la brasserie à Felinfoel, répliqua: "Nous n'avons aucunement l'intention d'être rachetés par qui que ce soit, ni au niveau local, ni au niveau national." Les dirigeants de Felinfoel préconisèrent le refus - "ou cela pourrait signifier la fermeture de la brasserie et le perte de leur emploi pour les ouvriers." Lady Davies , avec ses onze parts, joua un rôle déterminant. Buckley's l'approcha pour lui offrir 2.750 livres. Si elle avait vendu, la tentative de rachat aurait réussi. A la place, elle refusa l'argent et fit don de ses parts aux Lewis.

La famille resta ferme. Le Président Trevor Lewis déclara qu'elle détenait le reste de parts et qu'elle n'avait pas l'intention de vendre. Malgré sa si faible majorité, la famille garda le contrôle, bien que Buckley's gagna un siège au bureau. Une société en holding fut constituée pour empêcher que d'autres disputes de famille feraient que davantage de parts, voire même le pouvoir de contrôle, ne glissent vers Llanelli.

Cette tentative de rachat fit naître un étrange rituel. Comme la brasserie Buckley's avait fait des contrats avec des membres de la famille John, pour le rachat de leurs parts, atteignant ainsi 49,5% des parts sur la brasserie Felinfoel sans exercer de pouvoir sur la société, les actionnaires de Buckley's ne riaient guère et demandaient régulièrement aux Assemblées Générales quand le rachat sera achevé. Buckley's faisait donc souvent des offres pour Felinfoel pour satisfaire ses actionnaires, offres que les dirigeants de la brasserie jetaient aussi régulièrement au panier.

Dans les années 1970, avec John, le fils de Trevor Lewis, la compagnie s'engagea dans une modernisation progressive de la vieille brasserie. On remplaça les caisses de fermentation en bois par celles en acier inoxydable, et la vielle cuve ouverte chauffée au charbon et toute rafistolée par une en cuivre. "Nous ne sommes plus obligés de travailler dans une brume permanente", déclara le brasseur en chef Fred Cheesewright.

C'est en 1974, à la mort de Trevor Lewis, que le siège social a été rapatrié à Felinfoel, en signe de confiance renouvelée dans la brasserie du village.

Ensuite...